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Manger les pissenlits par la racine

Manger les pissenlits par la racine

Quel gaspillage!

C'est ce que je me dis lorsque je vois les gens s'évertuer à arracher les belles racines charnues de pissenlit de leur pelouse. Si au moins, ils les mangeaient...

En ce printemps tardif et après cet hiver si rigoureux, mon ami apiculteur a bien hâte de voir éclore les premières fleurs de pissenlit pour offrir pollen et nectar à ses butineuses affamées et donner cette première miellée jaune, si délicieuse.


Photo : Anny Shneider

Histoire et botanique

Originaire de la Grèce, le pissenlit s'est répandu dans presque tout l'hémisphère Nord. Ubiquiste, il pousse partout sauf en altitude. Il peut se contenter d'un sol pauvre et sec, mais il donnera de plus grosses racines dans un sol bien travaillé et riche en humus. Les feuilles disposées en rosette se développent en début de saison avant les hampes florales. Chaque hampe porte un seul capitule. Les matins ensoleillés, l'involucre s'ouvre et expose aux rayons lumineux une couronne d'une centaine de fleurs ligulées. Par temps sec, les graines mûres, attachées à leurs aigrettes, sont emportées par la brise comme un cerf-volant et disséminées sur de longues distances. Quand l'air devient humide, les aigrettes se referment et la graine se dépose. C'est ainsi qu'il s'est adapté à toutes sortes de milieux. Qui n'a pas déjà remarqué un pissenlit s'épanouissant dans une fente de trottoir. Polymorphe, il développera des feuilles plus larges pour survivre à l'ombre.

Les usages

Cette astéracée est aussi précieuse pour nous que pour les abeilles. Récoltées au printemps, avant la floraison, les jeunes feuilles de Taraxacum officinale se consomment crues en salade revitalisante. On cultive le pissenlit comme légume en France, en Allemagne et en Italie.

Les propriétés digestives de ses feuilles sont connues en Inde depuis la fin de l'Antiquité. Au XIIe siècle, les herboristes arabes l'ont fait connaître pour ses vertus digestives et hépatiques. Ils le conseillaient pour évacuer l'excès de bile. Les Chinois l'utilisent depuis des millénaires : on le retrouve dans certains sirops pour traiter les infections respiratoires. En Chine, les scientifiques ont prouvé que des extraits de pissenlit avaient un effet bactéricide contre la diphtérie, la tuberculose, la pneumonie et les infections à staphylocoques [1]. Au XVIe siècle, ce sont les immigrants allemands qui l'ont apporté aux États-Unis pour se nourrir et se soigner. Au début du XXe siècle, ses vertus étaient tellement reconnues qu'on en a fait une discipline baptisée la taraxacothérapie.

Au jardin

Ici, au jardin, je le cultive dans des sections un peu à l'écart, dans un sol meuble et légèrement amendé de compost, à mi-ombre, même s'il préfère le plein soleil. Tôt au printemps, je recouvre quelques plants de feuilles mortes ou de paille pour les empêcher de trop verdir, car les feuilles protégées du soleil deviendront moins amères et plus agréables à consommer en salade. Je laisse un bon nombre de plants au jardin pour la récolte des racines en automne. Je retire régulièrement les fleurs de ces sujets afin de concentrer l'énergie dans les racines.

À la table

Les feuilles de pissenlit vous apporteront moult minéraux revitalisants. Elles recèlent du potassium, du calcium et du fer facilement assimilable. Elles contiennent 2 fois plus de vitamine A que l'épinard et 6 à 7 fois plus que la carotte, des vitamines B et de la vitamine C autant que dans un citron. Les jeunes feuilles en salade sont donc excellentes pour revitaliser l'organisme au printemps. J'aime y ajouter quelques jeunes feuilles de marguerite et de la ciboulette hachée, arrosées d'une vinaigrette à la moutarde. Plus tard en saison, je cueille les premiers boutons de fleurs et je les mets à macérer dans la vinaigrette quelques heures avant de les ajouter à la salade. Avec des œufs durs et quelques grains de millet ou de quinoa, elle devient une salade repas. On peut aussi les cuisiner en les intégrant dans des recettes de pâtés ou d'omelettes.


Photo : Anny Shneider

En purin

Lorsque les pissenlits ensoleillent la prairie, je récolte quelques plants et plusieurs fleurs que je mets à macérer dans de l'eau. Je brasse quotidiennement le mélange et j'obtiens en 10 jours un merveilleux purin fertilisant, riche en minéraux qui aidera à l'enracinement des transplantations printanières.

Pissenlits
Photo Diane Mackay

En herboristerie

Je récolte à l'automne les racines de 2 ans pour préparer une teinture qui fixera ses nombreux minéraux et principes actifs. L'extrait nettoie le foie, draine les toxines, aide à nettoyer et reconstruire le sang et à réduire le taux de cholestérol. Le pissenlit tonifie aussi le pancréas et aide ainsi à régulariser la glycémie.

La racine de pissenlit peut être séchée pour en faire, ultérieurement, une décoction pour stimuler les sécrétions digestives. On en fait mijoter 5 ml dans 500 ml d'eau durant 10 minutes : on boit durant la journée. Diurétique, la feuille prise en infusion aide à éliminer l'acide urique en augmentant l'excrétion d'eau des reins, mais sans augmenter la perte en potassium. Cette tisane sera amère, mais bénéfique pour le foie et les reins.

Comment se passer d'une plante aussi merveilleuse et de culture si facile!

Il importe cependant de rappeler qu'on doit toujours vérifier la provenance des plantes et éviter de consommer celles qui proviennent de milieux pollués.

En guise de conclusion, voici quelques strophes de l'Hommage au Dent-de-lion composé en 2005 par Anny Schneider à l'occasion de la fête de la plante médicinale de l'année organisée par la Guilde des herboristes. www.guildedesherboristes.org

Anny Schneider est conférencière, herboriste à vie et poétesse à ses heures. 

Hommage au dent-de-lion

Tes racines invasives, à n'extraire que partiellement,
Dans les friches lumineuses se sont démultipliées rapidement,
Et crues, à la vapeur ou en décoction, elles drainent,
Des reins, l'excès d'urates et de minéraux,
Comme son nom commun l'indique, ses effets super diurétiques
Nous disent : « Ne bois pas de pissenlit avant d'aller au lit ! »

Tu sais par ailleurs nettoyer les trop-pleins du foie et des intestins,
Régulariser le sucre en même temps que l'énergie,
Ramener la pression au bon niveau et du coup,
Aider l'assimilation-digestion et ramener du bon sang,
Tu peux même resynchroniser nos deux systèmes nerveux,
Celui de bas en haut et l'autre en périphérie…

Cher vaillant pissenlit, merci d'être aussi prolifique,
D'enchanter nos yeux autant que nos cœurs et esprits,
En plus d'éloigner nos maux, comme ton nom botanique l'indique :
Issu du Grec il dit  : « Taraxos » désordres et « achos» : remède, panacée.
Merci aussi d'annoncer par tes champs lumineux d'allégresse
Le retour de l'été et de nous rappeler, en force et beauté,
Que les simples sauvages, même les plus répandus ici,
Comme tes graines fertiles, bien plus utiles que les pelouses empoisonnées,
Font partie des secrets les mieux gardés, prêts à être retransmis et disséminés !

Anny Schneider 
Ses publications


Photo : Anny Shneider

Diane Mackay
Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste

Les Jardins du Grand-Portage
Catalogue de semences des jardins
Bon de commande


1 - Diane Bernard, La Santé au rythme des saisons, éditions Biovi 2005, p.64

Ateliers des Jardins en 2014
donnés par Diane Mackay, herboriste

21 juin – Plantes médicinales, rôle et culture

Nous verrons 20 plantes à cultiver pour la pharmacie familiale.

5 juillet – Plantes médicinales, récolte et transformation

Comment récolter et préparer des pommades, vinaigres et teintures médicinales avec les plantes cultivées au jardin.

27 septembre – Plantes médicinales racines, récolte et transformation

Comment récolter les plantes racines du jardin et en préparer une pommade, un vinaigre, un sirop et une teinture.

Les samedis de 10 h à 16 h aux Jardins du Grand-Portage de Saint-Didace (coût 50 $)

www.jardinsdugrandportage.cominfo@jardinsdugrandportage.com – 450-835-5813


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Volume 10, numéro 8 — Mercredi, 30 avril 2014
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