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Vaillante achillée

Vaillante achillée

En Europe, d'où Achillea millefolium est originaire, on la nomme herbe aux coupures, herbe aux charpentiers et herbe militaire, car jusqu'au XIXe siècle, les guerriers l'utilisaient comme cicatrisant. On rapporte qu'on l'a aussi utilisé à cet effet pendant la Première Guerre mondiale.

Son nom Achillea viendrait d'une légende de la mythologie grecque. Dans l'Iliade, le récit de la guerre de Troie, Achille, le héros de Homère, soigne ses soldats blessés avec une plante herbacée qu'on présume être de l'achillée.

Depuis 3 siècles, on l'utilise au Québec en infusion pour soigner les fièvres. C'est l'herbe à dinde de nos grands-mères, nommée ainsi, car on l'utilisait dans l'alimentation des volailles. Les Amérindiens l'appellent «queue de l'écureuil». Aux îles de la Madeleine, on la nomme herbe aux dindons.

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Photo : Danièle Laberge

Cette vivace, à odeur légèrement camphrée, atteint de 30 à 60 cm de hauteur. Elle se cultive au soleil dans un sol pauvre, légèrement acide et bien drainé. On peut la semer au printemps ou en fin d'été. On la propage facilement par division à partir d'un plant mère, sauvage ou cultivé. On transplante aux 30 cm. Il faut désherber régulièrement pour ne pas nuire à la production des inflorescences, denses et aplaties. On retrouve cette astéracée partout au Québec : au sud, au nord, dans les champs et les prairies, au bord des routes et même à la jonction d'une surface asphaltée et d'un mur de brique. C'est qu'elle ne craint pas la chaleur et adore la lumière. On la reconnait facilement à ses feuilles allongées finement découpées en multiples fines lanières d'où son nom de millefeuille. Ses tiges légèrement velues, érigées et solides se terminent par des corymbes garnies de jolies fleurs généralement blanches.

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Photo : Danièle Laberge

Pour profiter au mieux des principes actifs de l'achillée, on cueille au début de la floraison les sommités fleuries pour les sécher ou en faire un extrait dans l'alcool ou le vinaigre. En infusion, elle contribue à faire suer et à diminuer la fièvre. Bue bien chaude, dès le début d'une infection, elle contribue à évacuer les toxines, à décongestionner et à lutter contre l'infection. On la prend chaque heure, une petite tasse à la fois, le corps bien au chaud. Pour qui n'apprécie pas l'amertume de la tisane, on prépare une infusion plus concentrée dans laquelle on fait tremper les pieds. Ainsi absorbée, l'achillée dilate les vaisseaux, ouvre les pores et agit, selon Marie Provost, comme un bain de vapeur intérieur.

En infusion froide, elle aide à combattre les bouffées de chaleur de la ménopause.

Emménagogue, elle est employée pour tonifier le système reproducteur, régulariser les menstruations difficiles ou trop abondantes, soulager les douleurs menstruelles et réduire les inconforts et l'irritabilité reliés au syndrome prémenstruel. Dans ces cas, on consomme quotidiennement une tasse d'infusion préparée avec quelques fleurs d'achillée et des feuilles de framboisier qui en amélioreront le goût. On peut aussi prendre quelques gouttes de teinture d'achillée dans une gorgée d'eau. Pour soulager l'inconfort des règles qui tardent, une tasse d'infusion corsée ou une triple dose de teinture d'achillée déclenchera les menstruations. Cet effet emménagogue en limite d'ailleurs l'usage durant la grossesse.

Pour soigner des plaies et des contusions à la manière des soldats, on applique des compresses de feuilles d'achillée triturées ou mâchées qui arrêteront les saignements et favoriseront la cicatrisation.

Les flavonoïdes qu'elle contient tonifient les vaisseaux sanguins et protègent les capillaires, ce qui améliore la circulation veineuse dans les cas de varices, de phlébites et d'hémorroïdes. L'herboriste américain, David Hoffman, conseille dans les cas d'hypertension de combiner l'achillée à l'aubépine et au gui. Les lactones qu'elle recèle lui confèrent son amertume qui stimule l'appétit, aide à la digestion des gras et soulage les troubles digestifs en favorisant l'activité du foie.

Quelques restrictions

Pour ses effets emménagogues, on ne la conseille pas aux femmes enceintes.

Les personnes prenant déjà des fluidifiants sanguins ne doivent pas consommer d'achillée à cause de ses coumarines qui contribuent à éclaircir le sang. C'est pourquoi il est aussi important de ne pas en consommer avant une chirurgie, un accouchement ou une extraction dentaire. L'achillée pourrait causer une réaction allergique surtout chez les gens allergiques à d'autres astéracées.

Bibliographie

GAGNON, Caroline et LANCTÔT-BÉDARD, Valérie, Materia Medica, École d'herboristerie Flora Medicina, 2000
O'REILLY, Moïra, Interactions, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments, L'Herbothèque 2004
PROVOST, Marie, Des plantes qui guérissent, Éditions Bibliothèque québécoise, 1991
SCHNEIDER, Anny, Je me soigne avec les plantes sauvages, Les Éditions de l'Homme, 2011

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage


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Volume 11, numéro 6 — Mercredi, 1er avril 2015
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