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Le sureau du Canada

Le sureau du Canada

L'antiviral végétal


Fleurs de sureau
Photo : Danièle Laberge

Le sureau du Canada ou sureau blanc, Sambucus canadensis, est originaire du nord-est du Canada et des États-Unis. Une fois bien épanouies ses feuilles formées de 5 à 11 folioles lancéolées, il déploie en juin et en juillet de belles inflorescences blanc crème plus larges que longues. Les fleurettes minuscules au parfum vanillé composées de 5 ou 6 pétales sertis de longues étamines jaunes produiront des fruits noir pourpre réunis en grappes. Il ne faut pas le confondre avec le sureau rouge, Sambucus pubens ou racemosa, qui porte des inflorescences plus longues que larges et fleurit plus tôt, en avril ou en mai, en même temps que s'épanouissent ses feuilles. Ses fruits sont rouges à maturité et il apprécie les sols rocailleux.

Le sureau blanc, qui préfère les zones humides comme les berges des ruisseaux, détient les mêmes propriétés médicinales et usages que ceux du sureau noir, Sambucus nigra, très répandu en Europe, en Asie et en Afrique du Nord.

Un peu d'histoire

Le sureau accompagne les humains depuis la nuit des temps. On en trouve des traces un peu partout sur la planète : des graines dans des sites archéologiques datant de l'âge de pierre ainsi que dans des villages préhistoriques de Suisse et d'Italie. Le Grec Hippocrate connaissait ses propriétés purgatives 400 ans av. J.-C. et les Romains aussi l'utilisaient pour ses vertus médicinales. Plante sacrée, symbole de naissance et de mort chez les Celtes, les druides n’en coupaient jamais une branche sans demander au préalable la permission à l’esprit qui y résidait.

Au XVIIe siècle, plusieurs botanistes herboristes et médecins anglais ont écrit au sujet de l'Elder, dont Culpeper qui déclarait que « la décoction de la racine guérissait la morsure d'une vipère ». Le médecin allemand Michael Ettmüller surnommait le sureau « la pharmacie des campagnards », car ceux-ci connaissaient ses nombreuses qualités thérapeutiques.

Au XVIIIe siècle, on utilisait l'eau de fleur de sureau pour éclaircir le teint et estomper les taches de rousseur. C'est à cette époque qu'on a découvert, un peu par hasard, que le sureau agissait sur les problèmes du système locomoteur en réduisant la douleur. Cette découverte est racontée dans le compendium Materia Medica pour sorcières et sorciers averti rédigé par Caroline Gagnon et Valérie Lanctôt-Bédard.

Baies
Photo : Caroline Gagnon

En 1899, un marin américain a confié à un médecin de Prague que de se saouler avec un « authentique vieux porto rouge foncé » était un remède sûr pour les douleurs rhumatismales. Cette observation a engendré une longue série de recherches qui aboutirent à découvrir que le « véritable vieux porto rouge foncé » n'avait aucun effet antinévralgique particulier, mais que c'était le jus de sureau qu'on ajoutait à un mauvais alcool sensé imiter le Tawny qui soulageait les douleurs de la sciatique ainsi que d'autres formes de névralgies.

En Ontario, on a trouvé des traces de sureau datant du XIVe siècle et d'autres au Michigan datant du XIe. Plusieurs peuples amérindiens l'utilisaient comme remèdes, entre autres, pour les coliques des bébés, la fièvre, la goutte ou des troubles respiratoires. On constate que son utilisation a toujours été semblable à celles qu'on en fait aujourd'hui en herboristerie traditionnelle. De nos jours, le sureau est une des plantes médicinales les plus cultivées en Allemagne.

Usage

Toutes les parties du sureau bénéficient de vertus médicinales, mais ce sont surtout les fleurs et les fruits, riches en flavonoïdes et en potassium, qu'on utilise pour leurs propriétés diaphorétiques, antivirales, anti-inflammatoires et anticatarrhales.

Le sureau tonifie le système immunitaire et fortifie les muqueuses du nez et de la gorge, ce qui augmente la résistance aux infections. Il assèche le nez qui coule et réduit la sécrétion de mucus dans les bronches dans les cas de rhinites allergiques. D'ailleurs, pris avant et pendant la saison du rhume des foins avec de l'ortie, il en atténue la sévérité des symptômes. L'infusion de fleurs tout comme le sirop de baies plaisent aux enfants. Pour réduire la fièvre, en plus de la prise d'infusion ou de teinture de fleurs, on applique des compresses d'infusion tiède.

Pour combattre les infections et augmenter l'effet antiviral, on peut jumeler de la mélisse et de la menthe poivrée à l'infusion de baies et de fleurs de sureau. Pour contrer le développement d'un rhume ou d'une grippe, il est recommandé de prendre une tasse de tisane chaude qu'on prépare en infusant une cuillerée à thé de fleurs ou de baies par tasse d'eau.

On peut aussi opter pour de la teinture de fleurs de sureau à raison de 20 à 45 gouttes, 1 à 4 fois par jour les premiers jours, et ensuite réduire la dose à 10 à 20 gouttes, 1 à 3 fois par jour, jusqu'à la disparition complète de l'affection virale. On peut prendre des doses de sureau toutes les heures dès l'apparition des premiers symptômes.

Le sureau stimule la circulation sanguine et améliore l'oxygénation du sang ce qui en fait un tonique veineux intéressant pour traiter les varices. De plus, dans les cas d'artériosclérose, il aide à tonifier les parois des vaisseaux sanguins et à la diminution des dépôts. D'ailleurs, on rapporte que le vin et la gelée de sureau ralentissent le vieillissement. Ceci est probablement lié au fait que ses fruits sont riches en antioxydants qui préviennent les dommages causés aux cellules par les radicaux libres.

Les propriétés émollientes et laxatives du sureau aident à l'évacuation des selles. Comme l'écorce et la racine ont un effet marqué sur le péristaltisme, on les emploiera pour améliorer une digestion lente. Les fleurs et les fruits agiront plus doucement pour stimuler le système digestif. Les feuilles sont reconnues pour leur effet laxatif. De plus, puisque le sureau augmente les sécrétions et l'activité du tube digestif, il est aussi recommandé pour les problèmes d'embonpoint et de cellulite.

Arbustes
Photo : Danièle Laberge

Mode de culture et récolte

Le sureau se propage naturellement par semis ou par marcottage. Il se multiplie par bouturage ou à partir d'un fruit mûr mis en pot. Le fruit contient 3 graines. On pourra transplanter les rejetons l'année suivante dans un sol bien drainé, amendé de compost mûr. Le sureau produira mieux en plein soleil, mais comme il tolère la mi-ombre, on peut le planter sous la canopée d'un arbre, ce qui limitera les larcins des oiseaux. L'arbuste peut atteindre près de trois mètres.

Il est bon de rabattre tôt au printemps les tiges du tiers afin de contenir sa croissance rapide. Les fleurs récoltées juste avant leur complet épanouissement doivent être séchées avec soin, sans se toucher, à l’abri de la lumière dans un endroit bien aéré. On optera pour la plus basse température si on utilise un séchoir.

Les fruits juteux se cueillent à l'automne, bien mûrs, presque noirs, idéalement après un gel, mais avant que les oiseaux ne s'en régalent! Il faut les cuire pour prévenir les troubles digestifs. On peut aussi les consommer fermentés ou séchés. Consommés crus en trop grande quantité, les fruits deviennent purgatifs et même vomitifs. Pour ma part, je préfère cuire les baies pour les consommer en jus, en sirop ou en gelée délicieuse. L'œnologue en devenir pourra tenter d'en faire un vin soyeux et médicinal.

Santé!

Fleurs de sureau et abeille
Photo : Danièle Laberge

En 2011, le comité recherche de la Guilde des herboristes a rédigé une monographie élaborée sur le sureau, alors plante médicinale de l'année. Cette monographie est distribuée gratuitement aux membres de la Guilde des herboristes

La Guilde sera présente à l'Expo Manger Santé Vivre Vert à Montréal et à Québec. Vous pourrez vous procurer sur place des journaux récents ou anciens, de jolies et intéressantes monographies dont celle du trèfle rouge, de l'agripaume cardiaque ou du sapin baumier et même en profiter pour joindre l'organisme qui regroupe tous les amoureux et toutes les amoureuses des plantes médicinales.

  • Guilde des herboristes, comité Recherche, Monographie du Sureau 2011.
  • Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis…2002-2003.
  • Ody, Penelope. Les plantes médicinales-encyclopédie pratique, Sélection du Reader's Digest 1995.
  • Provost, Marie, Jutras, Marie. Compendium, Clef des Champs.
  • Schneider, Anny et Laberge, Danièle. Ces fleurs qui soignent, Les éditions Publistar 2007.

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

Sirop de sureau antigrippal universel

250 g de baies de sureau noir
20 g de racine de gingembre fraîche
10 clous de girofle

Faire mijoter le tout durant 10 minutes à feu doux en remuant bien. Filtrer soigneusement et embouteiller. Ce sirop âpre et épicé se garde un mois au réfrigérateur et se consomme à la cuillère à soupe diluée dans de l'eau tiède plusieurs fois par jour au besoin en cas de fièvre ou de grippe.

Sa variante adoucie et rebouille avec une fois et demie son volume de sucre, écumée et stérilisée se garde une année et plaira davantage aux enfants et aux fines bouches, mais chacun sait que le sucre n'est pas un aliment à favoriser lorsque l'immunité fait défaut : le sureau est cependant testé dans de grands laboratoires pour cerner ses effets bénéfiques indéniables sur la vitalité des globules blancs défenseurs contre les envahisseurs de notre organisme.

Extrait de :
Schneider, Anny, Arbres et arbustes thérapeutiques, page 345. Éditions de l'homme, 2002.


Caroline Gagnon, directrice et fondatrice de l'école d'herboristerie Flora Medicina, nous présente dans cette vidéo le sureau.

Faites vos premiers pas avec les plantes médicinales: www.floramedicina.com/sureau-plante-medicinale


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Volume 12, numéro 4 — Mercredi, 2 mars 2016
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