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Le millepertuis, la fleur du soleil

Le millepertuis

La fleur du soleil

Fleur millepertuisPhoto :Danièle Laberge

Dans mon jardin, le millepertuis se multiplie sans fin. J'adore le laisser s'épanouir ici et là. S'y déploie le cultivar Helos que j'ai choisi à cause de sa plus grande tolérance à l'anthracnose qui fait rougir et sécher prématurément ses tiges. En prévention, dès que j'aperçois des tiges rougissantes, je les élimine; je sélectionne ainsi les plants les plus sains pour la production d'huile et de teinture, mais aussi pour la production de semences.

En se promenant à la campagne en plein été, on aperçoit souvent ses belles fleurs jaune éclatant. Originaire d'Europe et d'Asie, mais naturalisé en Amérique du Nord depuis que des pèlerins rosicruciens l'ont apporté à Philadelphie, le millepertuis se retrouve actuellement dans presque toutes les zones tempérées de la planète, jusqu'en Australie et en Argentine ainsi que dans le Nord et le Sud de l'Afrique.

Il croît au bord des routes et dans des prairies ou des friches bien ensoleillées au sol plutôt pauvre et sableux. Cette hypéricacée vivace atteint environ 60 cm à l'état sauvage, mais peut, dans un terrain plus fertile, atteindre près d'un mètre de hauteur et de largeur.

Elle se multiplie par des stolons souterrains ou par ses minuscules semences très nombreuses. Ses tiges érigées portent de nombreuses inflorescences qui fleurissent presque tout l'été. Les fleurs portent 5 sépales et 5 pétales. En bordure des pétales, on remarque de minuscules glandes rouge vin.

Lorsqu'on écrase un bouton floral entre le pouce et l'index, ces glandes libèrent leur pigment, l'hypéricine, qui rougeoie les doigts. Les feuilles opposées, elliptiques, ne dépassent pas 2 cm de longueur et possèdent un bord incurvé vers le dessous où l'on aperçoit de minuscules perforations d'où son nom latin perforatum et un de ses noms communs, l'herbe aux mille trous.

Les médecins grecs et romains de l'Antiquité et plus tard les croisés utilisaient le millepertuis pour soigner les blessures de guerre, les brûlures, les contusions et les inflammations. Les herboristes grecs, incluant Hippocrate, le recommandaient pour calmer les nerfs. Dioscoride et Galien le conseillaient pour les douleurs névralgiques.

Au Moyen Âge, on traitait avec le millepertuis les problèmes urinaires, la jaunisse, la dysenterie, les saignements et, déjà, la dépression nerveuse. Cette plante surnommée l'herbe de Saint-Jean — probablement parce qu'elle fleurissait le 24 juin, à la fête de Saint-Jean-Baptiste — porte le nom anglais de St. John's wort, qui a le même sens puisque le mot wort en ancien anglais signifie plant. À cette époque, on utilisait l'huile de fleurs pour traiter les blessures et les contusions. À la fin du XVIIe siècle, le millepertuis faisait partie de la pharmacopée américaine et les médecins le prescrivaient pour les blessures et les plaies ainsi que pour la dépression et l'anxiété. Tombé en désuétude par la suite, c'est aujourd'hui une des plantes les plus vendues: elle est la plus utilisée pour traiter les dépressions légères et modérées.

Quelques mises en garde

Aux États-Unis, on surnomme le millepertuis Natural Prozac car c'est un excellent antidépresseur. Les études scientifiques réalisées au milieu des années 1990 par deux médecins, E. Ernst et K. Linde, ont démontré que le millepertuis agit comme antidépresseur modéré, mais constant, au bout de deux mois. En 2009, des chercheurs ont évalué 29 essais cliniques et ont conclu que le millepertuis était plus efficace qu'un placebo et qu'il était aussi efficace qu'un médicament de synthèse prescrit en cas de dépression et cela, sans provoquer autant d'effets secondaires.

Il n'est cependant pas recommandé pour les dépressions sévères, ni pour les cas de bipolarité. Il peut causer des interactions avec plusieurs médicaments, dont les médicaments à effets sédatifs, les médicaments antirejet, et les immunosuppresseurs. Le millepertuis peut également réduire l'efficacité de certains médicaments en activant une enzyme dans le foie qui accélère l’élimination du médicament, ce qui est problématique pour les médicaments qui doivent se trouver en concentration suffisante en tout temps dans la circulation sanguine. On rapporte même que certaines grossesses sont attribuables à l'effet millepertuis qui a réduit la dose d'anovulants.

Il faut donc impérativement consulter son médecin, son pharmacien ou son herboriste afin de vérifier si on peut prendre du millepertuis. Chez certains, il peut causer de l'insomnie et on le déconseille pour ceux qui prennent déjà un médicament antidépresseur. Par contre, ces personnes pourraient, sous l'œil vigilant d'un professionnel de la santé, passer d'un médicament de synthèse au millepertuis.

Quelques recommandations

Moïra O'Reilly rapporte que le docteur Robert Rountree l'a souvent utilisé avec des patients qui voulaient remplacer leur médicament par une substance naturelle.

Amanda Mc Quade Crawford recommande de s'adresser à un professionnel de la santé compétent en herboristerie pour se sevrer de l'usage de tranquillisants ou d'antidépresseurs à l'aide de plantes médicinales. Elle recommande l'usage du millepertuis pour combattre l’anxiété et l’état dépressif, deux troubles de l’humeur souvent liés à la ménopause.

Cette herboriste américaine propose aussi un mélange de plantes qui comprend outre le millepertuis, l'échinacée, la calendule et l'éleuthérocoque; les vertus antivirales et anti-inflammatoires du millepertuis sont alors mises à profit pour combattre l'herpès ou, du moins, pour diminuer le nombre et la fréquence des poussées. Pour les personnes plus anxieuses ou stressées, elle associe la scutellaire au millepertuis, mettant ainsi en synergie deux toniques nerveux utiles pour diminuer le stress qui peut contribuer à l'éclosion de nouvelles vésicules. Enfin, elle suggère d'appliquer sur les plaies herpétiques de la teinture ou de l'huile de millepertuis afin que les lésions cicatrisent rapidement.

Pour préparer une teinture de Hypericum perforatum, il importe d'utiliser la plante fraîche, car une fois séché, le millepertuis contient moins d'hypéricine, son principal ingrédient actif. Cette teinture aide à soigner les dépressions légères et modérées ainsi que les dépressions saisonnières à condition de la prendre régulièrement pour une période d'au moins 8 semaines, car c'est le temps qu'il faut pour ressentir son effet antidépresseur.

Dans le Compendium de la Clef des champs, on recommande en dose d'intervention de prendre pendant une semaine de 20 à 30 gouttes de 1 à 4 fois par jour et en dose de traitement, de poursuivre avec de 15 à 25 gouttes 1 à 3 fois par jour pendant 6 à 12 semaines.

Si on a de la patience ou de l'aide, on ne récoltera que les boutons floraux pour la fabrication d'une huile ou d'une teinture. La préparation sera alors très riche en hypéricine, le composé le plus actif sur les plans nerveux et antiviral. La cueillette des sommités fleuries, des fleurs et des boutons floraux peut se faire à l'aide d'un peigne pour accélérer la récolte. De nouvelles fleurs apparaitront tous les jours, mais on ne les cueillera qu'après deux jours de temps secs, en plein midi.

Lors de belles journées d'été, lorsque la récolte est abondante, on peut préparer soi-même cette huile vulnéraire et anti-inflammatoire pour traiter les brûlures, les contusions, les coups de soleil, les irritations, les rougeurs. Elle agit comme cicatrisant même pour de vieilles plaies; en massage, elle est l'alliée des sportifs, car elle soulage les douleurs musculaires. Elle est recommandée pour guérir les lésions des virus de type herpès, varicelle ou zona.

Récolte de boutons floraux

Pour préparer une huile de millepertuis, on remplit un pot de verre teinté de fleurs et de boutons floraux fraîchement cueillis puis on remplit doucement le contenant d’huile d’olive ou de tournesol biologique jusqu'à environ 5 mm du bord. À l'aide d'une baguette de bois, on remue pour évacuer l'air. On recouvre le pot d'un tissu léger ou d'un essuie-tout pour que l'eau contenue dans la plante puisse s'évaporer et on place le pot dans une fenêtre ensoleillée ou dans un coin chaud de la maison. On laisse macérer de 2 à 4 semaines. S'il fait beau et chaud, l'huile sera prête plus tôt. Il faut brasser tous les jours à l'aide d'une baguette de bois pour éviter que les fleurs, qui se retrouveraient en contact avec l'air, ne s'oxydent. Attention aux débordements.

On filtre ensuite puis on presse les fleurs imbibées d’huile dans un coton épais et résistant. On range cette belle huile rouge dans une bouteille de verre à l'abri de la lumière et on laisse reposer quelques jours. S'il se déposait un peu d’eau au fond du pot, il faudrait alors transvider délicatement l'huile dans un autre pot afin d'éliminer l'eau.

Huile rouge

On embouteille la macération dans de petits flacons munis d'un vaporisateur pour l'utiliser facilement pour soigner les blessures, les brûlures ou pour l'enduire sur la peau avant de s'exposer au solaire. Oui, elle agit aussi comme protection solaire!

En effet, l'herboriste québécoise Catherine Lalonde suggère d'utiliser l'huile de millepertuis comme protection solaire pour permettre à la peau de développer ses propres défenses contre les rayons solaires. Elle l'expérimente depuis quelques années et rapporte qu'un garçon très blond, qui attrapait sans cesse des coups de soleil, peut maintenant jouer au soleil grâce à l'huile de millepertuis. Écoutez Catherine Lalonde sur YouTube.

Il faut l'appliquer 15 minutes avant de s'exposer au soleil et éviter le soleil du midi lors des premières expositions qui doivent être brèves. Il semble que cette huile équivaut à un facteur de protection contre les rayons UV d’environ 15 et qu'elle aide la peau à développer sa propre mélamine.

Certains pensent que le millepertuis pris en interne ou en externe peut provoquer de la photosensibilité. Il est vrai que cette photosensibilité a été observée chez du bétail qui avait été contraint par manque de nourriture dans le pâturage de consommer du millepertuis, qui, au grand dam des éleveurs de bétail, s'était répandu abondamment au milieu du XXe siècle dans leurs champs, étouffant la végétation indigène. Heureusement, son ennemi naturel, Chrysolina, une coccinelle importée d'Europe a réduit sa présence de 98 % dans l'Ouest américain.

Dans la section sur les effets secondaires du millepertuis du livre de Moïra O'Reilly, elle écrit qu'aucune étude scientifique n'a prouvé ce phénomène chez les humains. Elle ajoute que Michael Moore, un réputé herboriste américain, n'a observé cette hyperphotosensibilté que chez des personnes au teint très pâle, aux yeux clairs et cheveux très noirs, ce qu'il décrit comme des gens du type Black Irish. Elle cite aussi David Hoffman, autre herboriste américain de renom, qui relate une étude démontrant que les dosages thérapeutiques "normaux" de millepertuis seraient de 30 à 50 fois inférieurs au niveau phototoxique. On suspecte que les extraits standardisés, qui contiennent plus d'hypéricine, pourraient provoquer la photosensibilité.

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

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Références :

Rebecca L. Johnson, Steven Foster, Tierona Low dog, M.D. et David Kiefer, M.D. National Geographic Guide to Medicinal Herbs, 2014

Crawford, Amanda Mc Quade. Herbal Remedies for Women : discover nature's wonderful secrets just for women, Prima publishing, 1996

Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis…2002-2003.

Provost, Marie, Jutras, Marie. Compendium, Clef des Champs.

O'Reilly, Moïra. Interaction, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L'Herbothèque, 2004.

Romm, Aviva. Botanical Medecine for Women's Health. Churchill Livingstone, 2010

Schneider, Anny. Je me soigne avec les plantes sauvages. Les Éditions de l'Homme 2011.

Qu’est-ce que l’herboristerie vous a apporté ?
Caroline Gagnon de Flora Medicina

Sources : chez Youtube ou Flora Medicina


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