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Indispensable consoude

Indispensable consoude

La consoude est une plante médicinale tellement indispensable que chaque automne, j'en recouvre un plant d'un épais paillis afin de l'empêcher de geler. J'indique l'endroit en y plantant un grand bâton ce qui permet, en cas d'urgence, de récolter ses précieuses racines. En effet, la consoude râpée n’a pas son pareil pour soigner une brûlure, une tendinite ou une entorse.

La consoude, Symphytum officinale, s'est naturalisée en Amérique en s'échappant des jardins de simples des premiers colons. Originaire d'Europe et d'Asie, on l'emploie depuis le Moyen Âge sur les entorses et les fractures « qu'on soude » à l'aide de cataplasme. Les Anglais, quant à eux, la désignent sous le nom de Boneset. On sait maintenant que c'est l'allantoïne le principe actif responsable de ses effets guérissants et cicatrisants.

Consoude, sommités fleuriesPhoto : Danièle Laberge

Cette plante herbacée vivace de la famille des borraginacées porte des fleurs en cime qui se déploient à un mètre de hauteur. Ses feuilles alternes, lancéolées et rugueuses atteignent plus de 30 cm de longueur à maturité. La racine conique cassante, lorsque jeune, se couvre d'une pelure noire en vieillissant.

Culture et entretien

Facile de culture, la consoude se développe dans tous les types de sols. Elle croîtra dans des sols lourds et humides tout comme dans des sols pauvres et secs. Elle préfère toutefois une terre riche, bien amendée et humide. La racine sera plus facile à extraire des sols légers et meubles. Rustique et envahissante, on la cultive en fond de plate-bande à mi-ombre ou dans une section ensoleillée à l’écart du jardin à au moins 1 m de distance des autres plantes. Elle nécessite un bon apport de compost mûr. Elle se propage par division des racines. L'espèce Symphytum officinale ne produit pas de semences viables. Ses menues fleurs mauves ou roses en forme de clochette sont comestibles.

On peut tailler le feuillage jusqu'à 3 fois pendant l'été pour en faire un excellent purin fertilisant ou un paillis nourrissant à déposer à la base de plantes gourmandes. En tout temps, on porte ses longues tiges feuillues au compost qu'elle enrichira de nombreux minéraux, dont l'azote, le calcium, le potassium et le phosphore.

Récolte et usages

Les racines de consoude se récoltent tôt le matin de préférence au printemps ou en automne. Lors de l'opération, on utilisera une fourche afin d'éviter de sectionner les racines. Je les récolte aussi l'été de façon à pouvoir ajouter quelques feuilles aux racines que je mets à macérer dans l'huile d'olive. J'en obtiens une excellente huile à appliquer sur les coups de soleil ou pour masser les dos fatigués et les articulations endolories.

Je transforme l'huile en pommade en y faisant fondre un peu de cire d'abeille. Elle devient l'alliée des travailleurs manuels. Menuisiers, jardiniers et mécaniciens apprécient son pouvoir cicatrisant et émollient qui soigne les coupures, les éraflures, les gerçures ou toute autre plaie lente à guérir. Je l'ajoute aussi à des crèmes pour le visage afin de profiter de son effet antirides et à des huiles à massage afin d'en augmenter les propriétés thérapeutiques.

On peut employer de la pommade de consoude en externe sur une plaie ouverte à condition de s'assurer de bien la nettoyer avant son application afin d'éviter qu'elle ne cicatrise trop rapidement et qu'elle ne s'infecte. On évite de l'utiliser pour des plaies profondes afin que les couches sous-cutanées puissent guérir avant que ne se referme la plaie en surface.

En faisant macérer des racines râpées dans de l'alcool quelques semaines à l'abri de la lumière, j'obtiens une teinture efficace pour atténuer l'irritation après le rasage ainsi que pour soigner coupures et plaies.

Teinture de consoude

Mais c'est fraîche en cataplasme que la consoude fait des merveilles sur les brûlures, les entorses ou les tendinites. On m'a souvent raconté des guérisons spectaculaires de brûlures graves. J'ai pu moi-même l'expérimenter quelques fois, entre autres lorsque je m'étais brûlé l'auriculaire en le passant au-dessus de la bouilloire. J'ai alors entouré le doigt rougi de racine râpée que j'ai laissée en place durant la nuit. Le lendemain matin, douleur et rougeur avaient disparu sauf sur l’extrémité du doigt d'où la consoude s'était détachée du pansement pendant mon sommeil.

Pour une foulure, la consoude contribue à réduire l'inflammation. Il peut être difficile d'utiliser un cataplasme pour une fracture, mais il réduira la douleur avant la rencontre avec l'orthopédiste.

Pour préparer un cataplasme, on passe des racines coupées en morceaux de 5 à 10 cm de longueur dans un robot, ou avec un peu d'eau dans un mélangeur, jusqu’à ce que le tout forme une pâte homogène. En saison, on peut ajouter quelques feuilles fraîches aux racines pour que l'emplâtre soit moins collant. On façonne la pâte entre les mains en un cataplasme d'un demi-centimètre d’épaisseur qu'on applique sur la blessure. On enduit la peau d'un peu d’huile avant l’application du cataplasme afin d'éviter qu'il ne colle à la peau. On le conserve en place de 6 à 8 heures et, si besoin, on répète ce traitement lorsqu'il devient sec.

DianeDianeDiane

Un plant de consoude recouvert de paillis demeure toujours accessible en hiver pour une urgence; ici, je soigne la tendinite de mon conjoint en appliquant un cataplasme de consoude fraîche sur son bras.

Recommandations et précautions

En interne, on peut boire de 1 à 2 tasses d'infusion de racine de consoude officinale ou prendre 20 à 50 gouttes de teinture, 1 à 3 fois par jour pour son action astringente, pectorale et expectorante, pour soigner une bronchite ou une autre affection du système respiratoire. Il faut cependant éviter de consommer de la consoude en interne pendant plus d’une semaine et surtout, ne pas faire de cure de racine de consoude, comme l'ont appris à leurs dépens certains téméraires. En effet, comme ses racines et ses jeunes feuilles contiennent des alcaloïdes pyrolizidiniques, il n’est pas recommandé de prendre la consoude par voie interne sur de longues périodes. Il importe aussi d'éviter d'en consommer avec d'autres plantes qui recèlent ces mêmes alcaloïdes comme la bourrache, le tussilage, la pulmonaire et l'eupatoire.

Moïra O'Reilly avertit dans son livre Interactions, contre-indications et complémentarités plantes-médicaments que : « Ces alcaloïdes sont toxiques et peuvent s'accumuler dans le foie, provoquant une occlusion de la veine hépatique. La consoude officinale n'en contient que d'infimes quantités, mais on suggère quand même d'éviter d'utiliser les jeunes feuilles ou les racines en interne (on n'utilisera que les feuilles matures et on se limitera à un maximum de trois semaines). On évitera la consommation en interne complètement durant la grossesse et l’allaitement. De plus, son usage interne est à proscrire par les personnes qui souffrent de cirrhose, jaunisse, hépatite ou autres problèmes chroniques du foie, par les personnes âgées qui prennent déjà une multitude de médicaments qui sollicitent hautement le foie et par les enfants de moins de 10 ans. »

Toute trousse de premiers soins devrait contenir une pommade de consoude. J'en ai toujours à ma portée pour offrir à des amis-es aux mains gercées ou victimes d'un coup de soleil.

Consoude et chatPhoto : Danièle Laberge

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

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Références :

Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003

Provost, Marie, Cahier de cours VIII, Les vulnéraires, L'école buissonnière de la Clef des Champs, 1995

O'Reilly, Moïra. Interactions, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L'Herbothèque inc. 2004.


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Volume 13, numéro 2 — Mercredi, 25 janvier 2017
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