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Sur les pas de Thomas Berry

Thomas Berry est né à Greensboro, Caroline du Nord, en 1914 et y a passé son enfance. Il y est aussi décédé dans sa 95e année en 2009 après être revenu y passer les quinze dernières années de sa vie.

Détenteur d’un doctorat (Ph. D.) de l'Université catholique d'Amérique pour ses travaux sur Giambattista Vico (1668-1744, philosophe Italien, auteur d’une métaphysique et d’une philosophie de l'histoire), Thomas Berry était non seulement féru d’histoire de l’Occident, mais il a aussi enseigné pendant de nombreuses années les diverses cultures et les religions orientales. Pendant plus de vingt ans, il a dirigé le Riverdale Center of Religious Research dans la vallée de l’Hudson et, durant la même période, occupé la chaire d’histoire des religions à l’université Fordham (Université Jésuite de New York). De 1975 à1987, il a présidé l’Association américaine Teilhard de Chardin.

Thomas BerryÉcothéologien de premier rang, ses trois principaux ouvrages sont The Dream of the Earth (Sierra Club Books, 1988), The Great Work : Our Way Into the Future (Random House/Bell Towers, 1999), et Evening Thoughts: Reflecting on Earth as Sacred Community (Sierra Club/University of California Press, 2006). Il a également publié, en collaboration avec Brian Swimme, The Universe Story (Harper, San Francisco, 1992) et plusieurs essais inédits de son vivant ont été publiés à titre posthume, notamment par Mary Evelyn Tucker à qui l’on doit également « L’odyssée de l’Univers » en collaboration avec Brian Swimme.

Voix prophétique de tout premier rang, Thomas Berry est souvent comparé à Teilhard de Chardin. À l’occasion de son décès, une impressionnante collection de quelque 150 témoignages fut compilée et publiée en l’espace de quelques mois par le Center for Ecozoic Societies dans un volume intitulé « The Ecozoic – À Tribute to Thomas Berry ». Un vaste éventail d’intellectuels et d’écologistes éminents des quatre horizons (dont Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix 2004) y témoignent du rayonnement international de cet historien des cultures et visionnaire d’un nouvel ordre mondial.

En 2008, un an avant sa mort, alors que j’avais pris contact avec lui pour lui proposer de traduire son dernier ouvrage (Evening Thoughts: Reflecting on Earth as Sacred Community), Thomas Berry m’a demandé de commencer plutôt par la traduction de ce qu’il considérait comme les deux piliers de son œuvre , The Dream of the Earth et The Great Work : Our Way Into the Future.

Je me suis donc mis à l’œuvre et, une fois complétée la traduction de la première moitié de Le rêve de la Terre, j’ai voulu sonder le milieu de l’édition pour mettre en marche un processus de publication. C’est là que les choses se sont compliquées et n’ont, à ce jour, pas avancé d’un pouce. Toutes les maisons d’édition que j’ai approchées (une douzaine) pour les intéresser au projet, tant au Québec, qu’en France et même en Suisse ont décliné, invoquant systématiquement l’une des deux explications suivantes : « C’est trop avant-gardiste et donc trop risqué d’un point de vue d’éditeur », ou « C’est trop religieux ». Résultat des courses : zéro.

Notons en passant que les principaux ouvrages de Thomas Berry ont été traduits en portugais, en allemand, en chinois et en coréen et que d’autres traductions sont en cours de réalisation en japonais et en italien notamment. La seule explication plausible à ce peu d’appétit pour une écologie à composante spirituelle dans le bassin linguistique où les émules de René Descartes officient sur des autels consacrés à la déesse Raison me semble être l’allergie idéologique persistante de certains milieux intellectuels à tout ce qui peut rappeler, de près ou de loin, les jupes étouffantes de la « Sainte Mère l’Église ». Ce trouble de stress post-traumatique est d’autant plus déplorable que la pensée d’un Thomas Berry, aux antipodes de l’orthodoxie et du prosélytisme, propose une nouvelle cosmologie fondée sur la révélation scientifique.

Face à cette impasse, j’ai pensé qu’une autre manière de diffuser les précieux enseignements de Thomas Berry dans la francophonie serait de proposer, dans le Webzine Covivia dont les grands thèmes sont « Santé, Spiritualité, Écologie et Poésie », une chronique mensuelle structurée comme un commentaire de citations de Thomas Berry. Qui sait si, en lançant ainsi des graines aux quatre vents, la publication de Thomas Berry en français ne trouvera pas un jour un sol propice où elle prendra racine?

Commençons donc par un premier semis : « L’univers est une communion de sujets, pas une collection d’objets » (Thomas Berry & Brian Swimme, The Universe Story).

On notera ici le choix du mot « communion » plutôt que « communauté », qui eut donné le change en évoquant un autre ensemble d’objets faisant pendant au mot « collection ». « Communion » évoque un magma dynamique et vivant de participation globale, consciente ou inconsciente. La fameuse première image de la boule bleue vue de l’espace a sans doute donné le coup d’envoi d’une prise de conscience de cette communion à l’échelle planétaire.

L’affirmation de l’interconnexion et de l’interdépendance généralisées se retrouve dans toutes les grandes traditions spirituelles de l’humanité et on ne s’étonnera pas que le précis d’écologie intégrale qu’est l’encyclique Laudato Si du pape François ne fasse pas exception en reprenant treize fois l’expression « tout est lié » ou « intimement lié ». Lueur d’espoir, cette encyclique a reçu un accueil enthousiaste même dans des milieux qu’on n’a jamais soupçonnés de collusion papiste. « Lisez-la et laissez-la pénétrer dans votre cœur! », lançait par exemple l’altermondialiste Naomi Klein lors d’une conférence de presse exceptionnelle au Vatican. Les noms de Thomas Berry, de Naomi Klein et du pape François sont par ailleurs associés dans un même article sur l’écologie intégrale  du Huffington Post (en anglais), le tout sous une épigraphe de Teilhard de Chardin : « L'âge des nations est passé. Il s'agit pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés et de construire la Terre ».

Tout est lié, en effet. À chaque inspiration, nous empruntons à l’univers plusieurs milliards de milliards de molécules d’oxygène et d’azote, et un calcul relativement simple permet de conclure que parmi ces atomes, il s’en trouve qui ont fait partie du dernier soupir de Jules César le 15 mars de l’an -44. Un constat à couper le souffle! Jamais en reste lorsqu’il s’agit d’énoncer de grandes vérités, Victor Hugo souligne lui aussi le tricotage serré des êtres et des choses lorsqu’il s’écrie dans la préface des Contemplations : « Hélas! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas? Ah! Insensé qui crois que je ne suis pas toi! »

Au fil des mois nous suivrons donc, dans les pages de Covivia, un chemin où, comme les cailloux d’un Petit Poucet, des citations de Thomas Berry nous aideront à rentrer « chez nous ».

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 12, numéro 6 — Mercredi, 30 mars 2016
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