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Sur les pas de Thomas Berry - Écouter ou périr

« Le temps est venu où il nous faut écouter ou périr. Le temps est venu de baisser le ton et de cesser d'imposer nos schémas mécanistes aux processus biologiques en œuvre sur la planète, d'apprendre à résister à notre tendance impulsive à contrôler, à commander, à forcer, à opprimer, et de commencer humblement à nous laisser guider par la communauté plus vaste où s’inscrit toute vie et dont dépend toute vie » Thomas Berry

The Dream or the EarthAprès avoir brièvement présenté l’écothéologien Thomas Berry, penchons-nous sur son œuvre clé qu’est The Dream of the Earth [« Le rêve de la Terre », traduit par D.L., qui cherche un éditeur], en commençant par la préface dont est extraite la citation ci-dessus, plaidoyer vibrant pour un changement fondamental du rapport entre l’humanité et la planète à laquelle notre destinée est aussi indissociablement liée que celle du navigateur l’est au bon fonctionnement de son navire. Nous sommes tributaires de l’ensemble des processus biochimiques en œuvre sur la Terre et c’est faire preuve d’une inconscience suicidaire que de l’ignorer.

Dans cette préface, Thomas Berry affirme aussi : « En dépit de leurs différences, le capitalisme libéral et le socialisme marxiste se sont tous deux entièrement consacrés à la vision du progrès industriel qui constitue la principale cause de la désintégration contemporaine constatée à l’échelle planétaire. L’ironie suprême est que l’étranglement actuel des systèmes biologiques planétaires de base découle d’un engagement à améliorer la condition humaine dans une entreprise aussi appelée "progrès" ». L’ironie soulignée ici est exactement la même que celle qui voit toute personne toxicomane ou alcoolique s’accrocher à une drogue ou à un comportement compulsif avec l’impression que sa survie en dépend alors que c’est exactement l’inverse. L’obsession du progrès conçu sous sa forme actuelle de course à la croissance matérialiste aux dépens de la planète sera sans doute un jour classée parmi les plus grandes épidémies de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et d’assuétudes de l’histoire.

En 2015, le monde scientifique a publié au moins deux grandes études dont l’énormité aurait dû avoir l’effet de bombes médiatiques. Elles ont à peine fait pouf!

La première, bien qu’annoncée depuis longtemps par des précurseurs comme Rachel Carson dans son « Printemps silencieux » (1962) est tombée en juin 2015 avec la publication d’une étude par des scientifiques des universités Stanford, Princeton et Berkeley qui concluent, données probantes à l’appui, que la biosphère est entrée dans la sixième grande extinction de l’histoire de la planète : « Notre analyse insiste sur le fait que notre société a commencé à détruire les espèces des autres organismes vivants à un rythme accéléré, amorçant ainsi un épisode d’extinction massive sans précédent depuis 65 millions d’années ».

La seconde est tombée (comme la première, sans exploser!) en septembre 2015 sous la forme d’un rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF) montrant un déclin de 49 % des populations marines entre 1970 et 2012. Détruire 49 % de la faune océanique en 42 ans est, à l’échelle du temps géologique, l’équivalent d’une volatilisation instantanée non différenciable de l’impact d’un cataclysme majeur! L’avertissement que les océans seraient vides d’espèces dites « commerciales » d’ici 2050 avait bien été lancé une première fois il y a une dizaine d’années lorsqu’une équipe de chercheurs avait publié, en 2006, une synthèse basée sur toutes les données disponibles de mille ans d'histoire marine, toutes les données recueillies dans 48 zones marines protégées et toutes les statistiques mondiales sur la pêche de 1950 à 2003. Boris Worm, biologiste à l’université de Halifax et membre de cette équipe affirmait alors, dans une interview publiée par Le Devoir, que « 29 % des espèces de poissons et de crustacés sont en passe de disparaître » et que « les prises de pêche de ces espèces ont diminué de 90 % ». « 2048, une mer déserte », une vidéo pédagogique réalisée en 2012 par Natacha Bigan du WWF fait brillamment le point à ce sujet et on remarquera que son titre étend aux océans, cinquante ans plus tard, le pronostic tragique de Rachel Carson en ajoutant au « Printemps silencieux » une « Mer déserte ». Si la tendance se maintient, une migration vers Mars pourrait ne plus constituer un si grand dépaysement.

L’avertissement est donc clair : la maison commune est en feu et le pape François n’a pas tardé à joindre sa voix à celle des scientifiques en publiant, en mai 2015, deux ans après son élection, la Lettre encyclique Laudato Si sur la sauvegarde de la maison commune, un ouvrage de quelque 180 pages qui fait aujourd’hui figure d’incontournable de la littérature sur l’écologie. De « profonde » qu’elle était devenue dans ses aspects les plus avant-gardistes, l’écologie acquiert dans Laudato Si une hauteur, une largeur et une profondeur encore inégalées. À titre d’exemple, le cinquième chapitre intitulé « Quelques lignes d’orientation et d’action » comporte cinq sections dont les sous-titres contiennent tous le mot « dialogue » : 1) Le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale; 2) Le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales; 3) Dialogue et transparence dans les processus de prise de décision; 4) Politique et économie en dialogue pour la plénitude humaine; 5) Les religions dans le dialogue avec les sciences. On est loin du badigeonnage en vert auquel se résume trop souvent la section « environnementale » de nos annuaires téléphoniques.

Lorsqu’il y a péril en la demeure, par exemple le feu au rez-de-chaussée, plusieurs attitudes sont possibles. Certains continuent à rénover la tapisserie de leur chambre, d’autres pratiquent la prière ou la méditation, d’autres sautent par la fenêtre au péril de leur vie, d’autres enfin combattent l’incendie avec les moyens dont ils disposent, lançant l’alerte aux étages supérieurs, appelant les secours, faisant de leur mieux pour ralentir la propagation du feu, etc. À chacun de choisir ce qu’il considère comme la réponse appropriée. On se souviendra à cet égard de la légende amérindienne du colibri qui, confronté à un incendie de forêt, fait la navette entre le feu et la rivière où il puise chaque fois une minuscule goutte d’eau qu’il déverse ensuite sur le brasier. Au scepticisme des animaux qui raillent son geste, il se contente de répondre : « Je fais ce que je peux ».

Pour Thomas Berry, « à l’heure où les forêts tropicales disparaissent autour de nous, où la pollution atmosphérique voile aussi bien le soleil que les étoiles, où les grands cycles hydrologiques voient compromis leur rôle d'arrosoirs des continents et de générateurs de verdure et où une multitude d’espèces disparaissent partout sur la planète, même à cette heure fatidique une résilience persiste avec un espoir et même une attente que l’abondance de la vie prévale sur terre si la communauté humaine sait répondre à l’urgence de façon visionnaire et avec la vigueur dont ont fait preuve les [grandes] périodes historiques ». C’est moi qui souligne…

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 12, numéro 8 — Mercredi, 27 avril 2016
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