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Sur les pas de Thomas Berry

D’où venons-nous? Que sommes-nous?

Dans une chronique précédente, nous avons commencé à examiner la manière dont Thomas Berry, en écologiste intégral, envisage l’éducation comme instrument essentiel de rétablissement d’une relation fonctionnelle des humains avec une Terre qu’ils ont exploitée et asservie au point d’en altérer jusqu’aux processus biologiques et géologiques. Il ne s’écoule pas un seul jour sans que nous en parvienne, d’une région du globe ou d’une autre, quelque exemple alarmant. Fin octobre 2016, dans son rapport intitulé Planète vivante, le Fonds mondial pour la nature (WWF) annonçait, par exemple, que plus de 50 % des vertébrés ont disparu au cours des quarante dernières années et que les deux tiers (oui, 66 %!) auront probablement disparu d’ici 2020. Parions que la nouvelle est passée inaperçue pour 99 % de l’humanité. Les mots prophétiques de Thomas Berry au chapitre 6 de The Dream of the Earth s’appliquent pourtant intégralement ici : « Nous devons faire face à une multitude de questions concernant les relations humaines au niveau national et international, mais la menace qu’elles représentent pour notre survie est probablement moindre que celle de la détérioration continue de la planète au niveau de ses systèmes biologiques de base. […] Nous sommes aux prises avec la phase la plus récente et la plus virulente d’un problème de civilisation d’origine ancienne et qui concerne les rapports entre l’humanité et la terre, c’est le problème le plus fondamental auquel nous sommes confrontés et qui est à l’origine de plusieurs des problèmes interhumains qu’il nous faut résoudre ». Ce n’est effectivement pas la zizanie entre passagers qui a fait couler le Titanic mais un manque de prise en considération de son environnement.

Au chapitre 8, intitulé L’université américaine à l’ère écologique, Thomas Berry écrit aussi : « Pour la première fois, les peuples du monde entier, pour peu qu’ils reçoivent une éducation moderne, reçoivent cette éducation dans le cadre d’un récit scientifique des origines qui campe le contexte où les enfants, d’où qu’ils soient, en Afrique ou en Chine, en Russie ou en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Europe ou en Inde, sont initiés au monde où ils vivent et développent leur identité personnelle dans le temps et dans l’espace. Bien que les récits traditionnels des origines du monde soient également importants pour le processus éducatif, aucun d’eux ne peut fournir au processus éducatif un contexte en harmonie avec celui que lui offre ce récit qui traduit l’aspect mythique de la manière dont l’homme moderne s’explique le monde. Ce récit rend compte, en effet, de la manière dont l’univers s’est formé et de la transformation qu’il a subie depuis ses origines, particulièrement en ce qui concerne la planète Terre, jusqu’à ce que sa phase d’évolution actuelle se réalise par l’avènement de l’intelligence des humains d’aujourd’hui ».

L’écothéologien s’empresse toutefois de préciser que le récit correspondant aux dimensions physiques de l’univers doit être complété en tenant compte de ses dimensions numineuse et psychique, affirmant entre autres que « La radiation qui émane des particules originelles transmet tout autant l’intelligibilité et le mystère insondable que l’énergie physique inhérente à leur structure ». On rejoint ici l’affirmation d’Einstein : « L'éternel mystère du monde est son intelligibilité ».

Reconnaissant que les élèves du primaire et du secondaire risquent de ne pouvoir vraiment apprécier de manière raisonnée et conceptuelle un tel récit (ce qui n’exclut pas qu’ils y soient familiarisés dans une formulation adaptée à leur niveau de maturité), sa longue expérience comme enseignant de niveau universitaire a permis à Thomas Berry de constater que la cosmologie scientifique peut être une source d’enthousiasme pour les étudiants. « Le récit peut alors être compris dans ses conséquences les plus profondes. Il peut devenir opérationnel à tous les stades des activités professionnelles auxquelles on prépare les étudiants. On peut à la fois y voir une philosophie et un programme de formation universitaire. Ces considérations et suggestions pourraient se traduire par une série de cours universitaires de base ».

Il esquisse alors le contenu d’une série de six cours universitaires de base répondant à ce qu’il considère comme la mission de toute université digne de ce nom, un nom qui porte en effet dans ses racines (unus et versus) l’idée de convergence vers le UN alors qu’en pratique l’université est devenue une chaîne de montage « pluriversitaire » dont sortent des spécialistes cloisonnés entre eux et isolés par rapport à une biosphère qu’ils ont appris à chosifier.

Examinons donc les caractéristiques des deux premiers de ces six cours à proprement parler « universitaires ».

« Dans un premier cours, peut-être le plus difficile, on présenterait la séquence des diverses phases de l’évolution constituant cette cosmologie fonctionnelle : la formation des systèmes galactiques et la constitution des éléments qui furent à la base de tous les développements qui ont suivi; la formation de la Terre au sein du système solaire; l’émergence de la vie sous ses multiples manifestations sur Terre; l’émergence de la conscience et du développement culturel de l’humanité ». Pour connaître le monde où l’on vit, il est bon, en effet, de commencer par l’écouter raconter son histoire.

Gauguin

Un avantage non négligeable d’une telle initiation à l’histoire du cosmos serait de mettre en évidence le tronc commun des deux grandes branches traditionnelles de l’éducation, la branche scientifique et la branche humaniste, pour que les feuilles des spécialités cessent de cacher les branches du savoir, les branches du savoir de cacher l’arbre de l’humanité, et l’arbre de l’humanité de cacher la forêt cosmique.

Mettre fin par l’éducation à la cacophonie babélienne dévastatrice de technocrates déconnectés et d’une intelligentsia humaniste qui confond allégrement sécularité, laïcité et athéisme est donc considéré comme une priorité. « Cette manière de prendre conscience du destin unique qui lie l’univers et l’humanité peut constituer la base commune d’une compréhension des enseignements traditionnels de type religieux et humaniste et des enseignements de la science et de la technologie modernes. Si, à une certaine époque, les scientifiques étaient inflexibles dans leur affirmation de l’aspect mécanique et purement aléatoire de l’univers, c’est moins le cas pour les scientifiques d’aujourd’hui. Il en va de même des personnalités religieuses et humanistes chez qui une aversion ou une incapacité de compréhension des représentations physiques de l’univers était fréquente et qui, de nos jours, sont davantage en mesure d’apprécier le pouvoir d’imagination, l’intuition intellectuelle et la qualité spirituelle de la vision scientifique. L’interaction fructueuse entre la vision scientifique et la vision religieuse et humaniste constitue le meilleur gage d’avenir et le plus grand défi pour l’éducateur, tant en ce qui concerne sa propre compréhension de cette vision qu’en ce qui concerne sa transmission aux futures générations d’étudiants ».

Un deuxième cours du programme proposé par Thomas Berry porterait sur l’évolution culturelle de l’humanité et ses diverses phases comme le Paléolithique, le village néolithique, l’émergence des grandes cultures religieuses, celle des sciences et des technologies et celle de l’ère écologique. « Grâce à ce cours, les étudiants pourraient acquérir une vision globale des phases historiques de l’évolution humaine ainsi que de ses différenciations culturelles. Ils seraient aussi en mesure de situer leur développement personnel dans le sillage des phases antérieures du développement de l’univers, de la Terre et de toute l’histoire humaine, acquérant potentiellement, par le fait même, un sentiment d’appartenance à l’aventure humaine dans son ensemble ». S’étant familiarisés à l’histoire de la maison commune, c’est à l’histoire de ses habitants que les étudiants seraient donc ensuite exposés.

« Les étudiants pourraient plus facilement apprécier le génie des époques où se sont forgées les langues ou les religions, les arts, les diverses formes sociales et les grandes cultures humanistes du monde et celles où les technologies de base ont été découvertes. Ils pourraient également mieux apprécier la manière dont ont émergé les sciences modernes dans le bassin culturel européen et le besoin actuel d’une nouvelle adaptation des divers modes de vie et d’activité à la dynamique du monde naturel. Ce type de survol historique donnerait aux étudiants la capacité de découvrir leur propre identité dans le cadre du temps historique et de l’espace culturel. Cela contribuerait également à une meilleure compréhension par la couche sociale des universitaires de la mission qui lui incombe. La compréhension du sens de la vie qui en découlerait est peut-être inatteignable autrement ».

Pour résumer et conclure avant d’examiner, dans une prochaine chronique, les autres cours proposés pour une université digne de ce nom, il découle de ce qui précède qu’avec un premier cours d’immersion dans l’aventure de l’univers, un deuxième d’immersion dans l’aventure de la conscience, les fameuses questions de Gauguin commenceraient effectivement à recevoir des réponses.

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 12, numéro 18 — Mercredi, 16 novembre 2016
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