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Sur les pas de Thomas Berry

Former des citoyens de la Terre

Nous avions commencé à examiner le programme de six cours universitaires de base préconisé par Thomas Berry (1914-2009) pour que tout diplômé de l’enseignement supérieur, quelle que soit la discipline dans laquelle il se spécialise, acquière une solide compréhension « de la manière dont l’univers s’est formé et de la transformation qu’il a subie depuis ses origines, particulièrement en ce qui concerne la planète Terre, jusqu’à ce que sa phase d’évolution actuelle se réalise par l’avènement de l’intelligence des humains d’aujourd’hui ».

L’objectif est de diffuser une nouvelle cosmologie « fonctionnelle », c’est-à-dire une histoire du Cosmos capable d’induire une mystique de la Terre, condition sine qua non pour libérer les énergies créatives requises pour rétablir une relation harmonieuse entre les humains et la planète. Thomas Berry a consacré sa vie à tenter d’amorcer ce virage vers une cohabitation viable de la biosphère et, à l’heure où, dans une indifférence quasi générale, une espèce végétale ou animale disparaît toutes les 20 minutes, son enseignement revêt une importance vitale.

Les deux premiers cours de cette série ont fait l’objet de la chronique précédente, l’un porte sur l’histoire physique du Cosmos, l’autre sur l’évolution culturelle de l’humanité, des civilisations préhistoriques à nos jours.

« Un troisième cours pourrait porter sur l’époque des grandes cultures classiques qui ont dominé l’évolution humaine durant les derniers millénaires et permis à la communauté humaine d’acquérir des modes d’expression linguistique, de formation religieuse et de disciplines spirituelles plus élaborés, d’affiner son sens critique dans les domaines artistique, scientifique et littéraire, et d’élaborer ses structures politiques et sociales, ses normes éthiques et juridiques, ses techniques d’artisanat et ses modalités de loisir ».

L’objectif est ici de saisir le rôle structurant des diverses cultures, leurs spécificités et leurs points communs, et surtout de comprendre qu’elles ont vu le jour dans des contextes spatiaux forts différents donnant lieu à des modes forts différents de perception du réel. Avec la relativisation, voire l’abolition progressive des déterminants spatio-temporels de l’ère technologique, l’humanité est en transition vers une perception du réel de plus en plus centrée sur une dynamique d’évolution globale. « Comment effectuer cette transition et en sortir renforcées plutôt que de s’y désintégrer, voilà le défi pour ces cultures et pour les sociétés où elles ont trouvé leur mode d’expression optimal ». Se joindre au mouvement collectif d’évolution sans perdre son identité est le dilemme qui alimente toutes les convulsions des États-nations en ce début du XXIe siècle, du Brexit à l’élection présidentielle américaine de 2016, en passant par la résurgence des nationalismes occidentaux.

« Un quatrième cours pourrait porter sur l’étude de la phase scientifique et technique de l’évolution humaine avec son apogée dans la prise de conscience de la séquence temporelle où s’inscrit l’histoire de l’univers, de la Terre, de la vie et de la communauté humaine ».

Il s’agit, dans ce cours, de prendre conscience de la rapidité avec laquelle l’évolution des sciences et des techniques, contrairement à l’évolution beaucoup plus lente des cultures et celle, encore plus lente, de la sagesse individuelle ou collective, favorise des agressions de plus en plus violentes envers la topographie de la planète, sa chimie et ses processus biologiques les plus profonds. Un exemple évident nous est en est fourni par la fracturation hydraulique dont on sait aujourd’hui qu’elle peut même déclencher des tremblements de terre comme cela s’est produit à plusieurs reprises en Oklahoma. Le réchauffement climatique et un taux d’extinction des espèces inégalé depuis 65 millions d’années sont d’autres conséquences de l’agression des humains envers la biosphère. « Cette ère est caractérisée par une domination des humains sur la nature et, au fur et à mesure que l’on donnait de plus en plus d’importance à des questions de rationalité et de puissance ainsi qu’à des modes mécanistes d’interprétation du réel, par une perte de conscience, au sein de la communauté humaine, de la présence numineuse qui imprègne l’univers ».

« Un cinquième cours pourrait porter sur l’émergence de l’ère écologique, l’ère où prend forme une intercommunion entre tous les systèmes de la planète, vivants ou non, et même avec l’univers tout entier. Une telle étude de l’ère écologique devrait viser à restituer l’humain dans son contexte naturel. Elle devrait avant tout porter sur le fonctionnement global de la biosphère, sur la réparation des dégâts déjà infligés à la dynamique planétaire, sur la promotion concrète d’un ordre économique renouvelable fondé sur l’intégration de l’humanité aux cycles constamment renouvelés de l’univers, ordre économique qui repose également sur l’énergie solaire ».

Après avoir répondu à « d’où venons-nous et que sommes-nous? », nous abordons ici la troisième question de Gauguin : « Où allons-nous? ». Réponse sommaire : notre seule destination viable est une ère écologique fondée sur la reconnaissance que « le monde est une communion de sujets, et non une collection d’objets ». Pour que cette formule ne soit pas creuse, « les lois refléteraient une meilleure prise de conscience des droits inhérents associés aux réalités naturelles, c’est-à-dire du droit d’exister des êtres vivants et de leur droit de ne pas être violentés, utilisés de manière inconséquente ou exterminés de manière directe ou indirecte à cause de processus d’exploitation mis en place par les humains. On reconnaîtrait que le fait de ne considérer les êtres naturels que comme des réalités physiques ou matérielles est une perception inappropriée ou inexacte, voire criminelle, dans la mesure où elle sert de justification à certains actes ». Les interventions de plus en plus fréquentes visant à faire reconnaître les droits des animaux marquent un début de la prise de conscience visée par ce cinquième cours dont les retombées auraient une vaste portée : « Dans un tel contexte, la médecine reconnaîtrait que le guérisseur primordial est la Terre elle-même et envisagerait l’intégration aux processus naturels de la planète comme élément fondamental de la santé humaine. Le rôle du médecin consisterait à faciliter l’interprétation de la relation entre les humains et la Terre et à guider la communauté humaine dans son interaction avec la planète, avec l’air, l’eau et la lumière solaire, avec la nourriture que fournit la planète et avec les occasions qu’elle offre aux capacités physiques de la nature humaine de s’exprimer. La religion reposerait sur une perception du monde naturel en tant que révélation première du divin, livre sacré par excellence et mode fondamental de présence numineuse. La religion chrétienne mettrait fin à l’antagonisme qu’elle entretient envers la Terre et découvrirait la dimension sacrée de la planète ». Thomas Berry se serait certainement réjoui de la publication de l’encyclique Laudato Si « sur la sauvegarde de la maison commune » dans laquelle le pape François met résolument fin à des siècles de cet antagonisme et présente une vision écologiste intégrale d’une clarté inégalée.

Il est permis d’espérer que des diplômés universitaires ayant sérieusement suivi un tel cours seraient peu enclins, dans l’exercice de leur profession, à prendre des décisions menant à une exploitation systématique de la planète et à un empoisonnement des sols, de l’air et de l’eau.

Thomas Berry souligne aussi l’importance de tenir compte des coûts environnementaux : « Tout le système de tenue de livres doit être révisé pour l’affranchir de son aspect fictif et le réconcilier avec la réalité en y incluant les coûts environnementaux, la valeur inestimable des ressources non renouvelables et la prise de conscience de l’importance d’intégrer l’ensemble du système industriel et commercial aux cycles incessants de régénération du monde naturel ».

« Un sixième cours porterait sur l’origine et l’analyse des valeurs. On chercherait à y découvrir précisément, dans le cadre de l’expérience que nous avons de l’univers, ce qui peut servir de fondation à un ensemble de valeurs ».

Les grandes valeurs qui étoffent la description de ce sixième cours sont : La différenciation, la subjectivité et, surtout, la communion. La différenciation réfère à la diversité des manifestations du mystère qui imprègne le Cosmos, la subjectivité réfère à la résonnance spécifique de chaque manifestation avec ce même mystère; au sujet de la communion, Thomas Berry précise : « Une des difficultés auxquelles nous sommes confrontés en tant qu’humains et qui constitue une des causes des désordres qui affectent la planète, l’humanité et les systèmes éducatifs réside dans le fait que nous n’avons pas développé de manière adéquate cette capacité de communion. Nous avons été particulièrement délinquants dans l’application de cette loi de communion par rapport au monde naturel, déficience que la série de cours universitaires décrite ici a pour objet de corriger ».

En conclusion : « L’éducation de base devrait aussi s’articuler sur les cours suggérés ci-dessus qui sont susceptibles d’offrir un contexte culturel et historique permettant aux étudiants de se doter d’une identité fonctionnelle ». Il ne s’agit donc de rien de moins que de former des citoyens de la Terre au lieu de diplômer ses futurs bourreaux.

Citoyen de la terre

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 12, numéro 20 — Mercredi, 14 décembre 2016
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