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Sur les pas de Thomas Berry

Dans ce monde qui pépie…

J’écoutais l’autre jour à la radio une longue interview d’un jeune entrepreneur du milieu des technologies informatiques, disons un « gourou tek », PDG de je ne sais combien de soft-ceci et soft-cela inc. (En passant, je trouve que « limitée » irait beaucoup mieux à ces lucioles de la bulle technologique que l'ambigu « incorporée »!) L’émission terminée, j’ai voulu vérifier mes impressions en allant consulter sur le Web la transcription des échanges et y chercher les mots « Terre », « planète » et « écologie ». Je ne m’étais pas trompé, ils n’avaient pas été prononcés une seule fois alors que le propos se voulait profond, philosophique et quasiment visionnaire.

Premier constat : on peut aujourd’hui consacrer une heure à un éloge dithyrambique des nouvelles technologies sans penser une seconde à les situer dans le cadre de la relation de plus en plus problématique et conflictuelle de l’humanité avec la planète, relation qui est au cœur des préoccupations de l’écothéologien Thomas Berry et de l’œuvre écrite qu’il nous a laissée, en particulier de son livre phare : Le Rêve de la Terre.

L’éloquent « technogourou » de l’interview était typique de ce que Thomas Berry appelle « les nouveaux entrepreneurs », ces capitaines d’industrie pour qui toute question existentielle, toute difficulté, et jusqu’aux mystères les plus opaques de l’existence sont promptement classés comme problèmes à résoudre. Alors que j’écris ces lignes, on s’affaire, à Washington, à monter les estrades sur lesquelles la prise de pouvoir des nouveaux entrepreneurs sera consacrée sur une version tubulaire et démontable des cathédrales gothiques où avait traditionnellement lieu le couronnement des empereurs et les rois. Tout autour, des orchestres répètent leurs « Te Deum » métalliques. Lors d’une autre tribune radiophonique où on l’interrogeait au sujet de sa position concernant le réchauffement climatique, un autre « nouvel entrepreneur », PDG d’une multinationale du pétrole, pressenti pour exercer la fonction de secrétaire d’État de la nouvelle « twittocratie » avait eu cette réponse aussi brève que caricaturale : « C’est uniquement un problème d’ingénierie ».

Les nouveaux entrepreneurs ont bien des caractéristiques de gens d’Église : à les entendre, la déesse technologie ne nous abandonnera pas; elle nous a donné son fils « le libre-marché » et sa fille « la productivité », il nous suffit de croire en leur parole pour être sauvés.

Au chapitre 6 du Rêve de la Terre, Thomas Berry écrit à leur sujet : « Le groupe dominant [celui des nouveaux entrepreneurs], est possédé par l’idée de progrès continu, sinon vers un pays des merveilles, tout au moins vers une amélioration constante de la condition humaine grâce à nos procédés scientifiques industriels. Ce groupe est pratiquement insensible à la détérioration de la planète au cours du vingtième siècle, particulièrement celle qui a eu lieu durant les années d’après-guerre, depuis que les sciences appliquées en génie chimique, électronique, nucléaire, aéronautique, aérospatial et en agronomie ont pris le contrôle de l’Amérique du Nord et de tout ce qui vit sur ce continent. Les retombées bénéfiques furent, évidemment, nombreuses : inventions, emplois, machines à laver, réfrigérateurs, téléphones, voyages, éducation, loisirs, ainsi que l’avènement d’un monde industriel. Ce groupe ne semble avoir aucune idée des dégâts causés par l’intrusion brutale de l’homme dans des écosystèmes naturels qui avaient évolué de manière tellement minutieuse durant des centaines de millions d’années ».

Pour en revenir au gourou tek, j’aurais aimé lui demander s’il avait la moindre idée du coût réel d’un simple « tweet », cette gouttelette alphanumérique de brouillard techno. Lorsqu’il s’agit du coût d’une voiture, on peut au moins aligner avec un certain degré de confiance des chiffres représentant le coût des métaux et autres matériaux utilisés pour sa fabrication, mais on se heurte rapidement aux limites de ce calcul, car quel est le coût d’un raton laveur écrasé? Celui du trou creusé dans la terre pour extraire le minerai des métaux dont elle est construite? Celui de l’extraction du pétrole dont est distillée l’essence pour la faire fonctionner et celui des gaz à effet de serre, de la ferraille et du plastique qui en sont les déchets? Quel est le coût des infrastructures requises pour l’utiliser et l’entreposer? Mystère et boulle de gomme. On commence tout juste à s’en préoccuper en se chamaillant autour du prix du carbone. Au chapitre des coûts RÉELS, nous roulons donc littéralement à l’aveuglette.

Tweety birdSi nous posons les mêmes questions par rapport aux coûts réels d’un courriel ou d’un « tweet », la situation est encore pire dans la mesure où, pour prendre un exemple d’actualité, le sujet qui a déterminé l’élection d’un président qui passera à l’histoire comme « twitteur en chef », a justement été une bataille de courriels coulés ou effacés et de tweets incendiaires. Si la tendance se maintient, un simple tweet pourrait même déclencher une guerre ou un holocauste nucléaire. Quel sera le coût RÉEL d’un tel tweet? Tweet est un anglicisme, direz-vous peut-être… Pas vraiment, c’est seulement un emprunt obligé quand « gazouillis » et « pépiements », les traductions reconnues en français, ne font pas l’affaire. « Tweet » a, en français, valeur d’onomatopée ou de bip électronique et évite de parler des « gazouillis de Donald Trump », formule aussi oxymore que « les susurrements de la chouette effraie ».

Lorsqu’il s’agit des technologies de l’information et de la communication, le rapport de la partie évaluable des coûts à la partie non évaluable est plus infinitésimal que jamais et nous sommes à cet égard comme des enfants qui ont trouvé sur une plage une curieuse boule de métal et jouent à se la lancer en ne réalisant pas qu’il s’agit d’une bombe.

À propos du déni des coûts réels, Thomas Berry écrit : « Certaines études détaillées des raisons pour lesquelles la planète subit cet assaut massif ont été menées. […] Toutes ces études concluent que la planète ne peut supporter bien longtemps les modes actuels d’exploitation par les humains. Jusqu’à récemment, les théories économiques ainsi que les pratiques corporatives ont ignoré les implications de telles données ou y ont porté une attention minime. Les déficits affectant la nature étaient simplement considérés comme externes ou comme des conséquences virtuelles de l’activité humaine dont les coûts n’entraient pas dans les livres comptables. Le monde des affaires a traditionnellement perçu et continue de percevoir l’exploitation de la planète, non pas comme une détérioration, mais comme un processus créatif menant au meilleur des mondes. C’est le “progrès”, une croyance qui s’est emparée du monde moderne à un point tel qu’il n’est même pas permis de douter de sa validité. Cette croyance a beau faire depuis longtemps l’objet de critiques sévères et ses limites ont beau avoir été démontrées, elle continue de servir de critère référence pour le fonctionnement de notre économie. Le PNB doit croître d’année en année. Tout doit tendre vers des échelles de plus en plus grandes sans égard à la catastrophe qui découle inexorablement de la croissance exponentielle. Quel que soit le degré de rationalité des théories économiques modernes, la force motrice de l’économie actuelle n’est pas d’ordre économique, mais d’ordre imaginaire, elle repose sur un engagement fondé sur une certaine vision et s’appuyant sur des mythes ainsi que sur l’impression de pouvoir compter sur les pouvoirs magiques de la science pour vaincre toute difficulté provenant de forces naturelles ».

En fin d’interview, le gourou tek qui m’a inspiré cette réflexion faisait allusion à ses origines indiennes et affirmait : « Je crois que l’amélioration de la qualité de vie entre mon père qui a grandi comme sujet britannique, sans vaccins et sans eau potable courante et mon fils qui vit à Manhattan est peut-être le plus grand saut de la qualité de vie en une génération dans l’histoire de l’humanité ».

Sans nier ou dénigrer les améliorations du confort et de la sécurité existentielle à laquelle il faisait allusion, il est quand même permis de s’interroger sur le sens du mot « qualité » dans cette affirmation, et même d’imaginer que les petits ou arrière-petits-enfants de ce nouvel entrepreneur envisageront un jour un autre grand saut lié à leur « qualité » de vie en cherchant à retrouver des racines dans quelque recoin de terre que les pépiements alphanumériques auront épargné et où le gazouillis sera ce qu’il aurait toujours dû rester : les notes suaves et ailées de la musique de la biosphère.

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 13, numéro 2 — Mercredi, 25 janvier 2017
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